Du sang dans les urines chez l’homme : que faire ?

Du sang dans les urines chez un homme impose toujours une consultation, même une seule fois, même sans douleur, même si tout redevient normal le lendemain. Ce n’est pas un symptôme qui s’observe.

Cette règle est plus stricte que pour la femme, chez qui l’infection urinaire banale explique une grande partie des cas. Chez l’homme, les infections urinaires simples sont rares, et le sang oriente d’emblée vers autre chose.

Que faut-il éliminer d’abord ?

Certains colorants imitent parfaitement le sang, et il vaut mieux y penser avant de s’affoler.

La betterave colore les urines en rose ou rouge chez une partie des gens, dans les vingt quatre heures. Les mûres et la rhubarbe font la même chose.

Plusieurs médicaments aussi : la rifampicine donne une couleur orange à rouge très nette, certains laxatifs à base de séné teintent en rouge brun, le métronidazole assombrit les urines.

Enfin, des urines très concentrées, foncées, chez une personne qui ne boit pas assez, peuvent tromper.

Le doute se lève en une minute avec une bandelette urinaire de pharmacie, qui détecte le sang même invisible à l’œil.

D’où vient le saignement ?

Le moment du saignement pendant la miction indique la zone concernée, et c’est une information que le médecin demandera.

Un saignement en début de jet oriente vers l’urètre ou la prostate.

Un saignement en fin de jet oriente vers le col de la vessie ou la prostate.

Un saignement pendant tout le jet vient de plus haut : vessie, uretère ou rein.

Il est utile de le noter avant la consultation, avec la couleur, la présence de caillots, et ce qui accompagne.

Quelles sont les causes possibles ?

Elles se classent par fréquence selon l’âge.

Les calculs urinaires arrivent en tête chez l’homme jeune ou d’âge moyen. Le sang s’accompagne alors d’une douleur violente qui irradie du dos vers l’aine, avec une agitation caractéristique, décrite en détail à propos des douleurs rénales.

Les infections, prostatite ou cystite, donnent brûlures, envies pressantes et souvent de la fièvre. Chez l’homme, une infection urinaire n’est jamais banale et impose de chercher pourquoi.

L’adénome de la prostate, très fréquent après cinquante ans, peut saigner. Il s’accompagne d’un jet faible, d’envies nocturnes et d’une sensation de vidange incomplète.

Les tumeurs de la vessie et du rein se manifestent typiquement par du sang sans aucune douleur. C’est précisément ce caractère indolore et intermittent qui les rend dangereuses : le saignement s’arrête, on se rassure, on ne consulte pas. Le tabac est le principal facteur de risque de la tumeur de vessie, très loin devant les autres.

Enfin, un effort physique intense, notamment la course à pied de longue durée, peut provoquer un saignement transitoire et bénin. Cela ne dispense pas de le faire vérifier une première fois.

Quels examens vont être faits ?

Le bilan est standardisé et rapide.

Un examen cytobactériologique des urines confirme la présence de globules rouges et cherche une infection.

Une échographie des reins, de la vessie et de la prostate constitue le premier examen d’imagerie.

Selon le contexte, un scanner et une cystoscopie complètent. La cystoscopie, qui consiste à regarder l’intérieur de la vessie avec une optique souple, est le seul examen capable de voir directement une lésion de la paroi. Elle se fait sous anesthésie locale et dure quelques minutes.

Une prise de sang évalue la fonction rénale et cherche une anémie.

Et si le sang n’est pas visible ?

C’est ce qu’on appelle une hématurie microscopique, découverte fortuitement sur une analyse d’urines faite pour autre chose.

Elle mérite le même sérieux, avec un bilan adapté au niveau de risque : âge, tabagisme, exposition professionnelle à certains solvants ou colorants. Elle est souvent sans gravité, mais elle ne se néglige pas non plus.

Ce qu’il ne faut pas faire

Trois réflexes retardent le diagnostic.

Attendre que ça revienne pour consulter. Le saignement des tumeurs est intermittent par nature, et l’accalmie ne prouve rien.

Prendre un antibiotique restant d’un traitement précédent. Cela peut masquer une infection sans la traiter correctement, et fausser les examens.

Mettre ça sur le compte des reins et se lancer dans des cures de plantes. Le sujet rejoint celui des cures détox et de leurs promesses : aucune plante ne fait disparaître la cause d’un saignement.

Boire davantage est en revanche utile en attendant, sauf avis contraire.

Questions fréquentes

Une seule fois, faut-il vraiment consulter ?
Oui. Un épisode unique, indolore et spontanément résolutif est justement le mode de révélation classique d’une tumeur de vessie.

Le vélo peut-il en donner ?
Un traumatisme périnéal répété peut irriter. C’est une explication acceptable seulement après avoir éliminé le reste.

Les caillots sont-ils plus grave ?
Ils signent un saignement plus abondant et peuvent bloquer la vidange de la vessie. Une impossibilité d’uriner avec des caillots est une urgence.

Un traitement anticoagulant explique-t-il tout ?
Non. Il favorise l’expression d’un saignement, mais il ne le crée pas de rien. Le bilan reste indiqué, souvent avec plus d’insistance encore.

Le principe qui tient en une phrase : chez l’homme, du sang dans les urines se fait examiner une fois, même si tout va bien ensuite. C’est un des rares symptômes où l’absence de douleur est le signe le plus préoccupant.

Pour aller plus loin

Ressources officielles sur ce sujet.

  • Assurance Maladie (ameli.fr) — « Sang dans les urines : hématurie »
  • Association française d’urologie — urofrance.org
  • Institut national du cancer — e-cancer.fr
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