La pilule du lendemain retarde l’ovulation. Elle n’interrompt pas une grossesse et n’agit plus une fois l’ovulation passée. Comprendre ce seul mécanisme explique tout le reste : pourquoi elle doit être prise vite, pourquoi elle n’est pas efficace à cent pour cent, et pourquoi elle ne remplace pas une contraception.
Elle est délivrée en pharmacie sans ordonnance, sans condition d’âge, et gratuitement pour toutes les femmes depuis 2023.
Quelle pilule, dans quel délai ?
Deux molécules existent en France, et elles ne se valent pas selon le moment.
Le lévonorgestrel s’utilise jusqu’à 72 heures, soit trois jours. Son efficacité chute nettement avec le temps : elle est bonne dans les premières douze heures, médiocre au troisième jour.
L’ulipristal acétate s’utilise jusqu’à 120 heures, soit cinq jours, et reste plus efficace que le lévonorgestrel sur toute la période, y compris les premières 24 heures. C’est le choix préférable quand les deux sont possibles.
Dans les deux cas, la règle est identique : le plus tôt est le mieux. Prise dans les douze heures, la pilule du lendemain évite une grande majorité des grossesses ; prise au cinquième jour, elle en évite beaucoup moins.
Il existe une troisième option, la plus efficace de toutes : la pose d’un dispositif intra utérin au cuivre dans les cinq jours. Elle nécessite une consultation, et elle assure ensuite une contraception durable.
Pourquoi n’est-elle pas efficace à tous les coups ?
Parce que son action se limite à repousser l’ovulation, et que ce report devient impossible si le pic hormonal a déjà commencé.
Autrement dit, si le rapport a eu lieu juste avant ou pendant l’ovulation, la pilule du lendemain arrive trop tard, quelle que soit la rapidité de la prise. C’est le paradoxe : elle est la moins efficace précisément au moment le plus fertile du cycle.
Ce point est mal connu et explique la majorité des échecs. Il justifie aussi de faire un test de grossesse en cas de retard, plutôt que de considérer l’affaire réglée. Savoir situer sa période fertile aide à évaluer le risque réel, sujet abordé dans l’article sur le cycle menstruel normal.
Quels effets peut-on attendre ?
Ils sont fréquents, bénins et transitoires.
Des nausées chez environ une femme sur cinq, des maux de tête, une fatigue, une tension des seins, parfois des douleurs pelviennes. Tout cela disparaît en un à deux jours.
Un point pratique : en cas de vomissement dans les trois heures suivant la prise, le comprimé n’a pas été absorbé et il faut en reprendre un.
Le cycle suivant est souvent décalé. Les règles peuvent arriver avec quelques jours d’avance ou de retard, et être plus abondantes ou plus légères que d’habitude. Des pertes brunes dans les jours qui suivent sont banales.
Un retard de plus de sept jours impose en revanche un test de grossesse.
Ce qui diminue son efficacité
Deux situations sont trop peu signalées en pharmacie.
Le poids. L’efficacité du lévonorgestrel diminue au delà d’environ 70 kilos et devient faible au delà de 80. L’ulipristal résiste mieux mais baisse aussi. Au dessus de ce seuil, le dispositif au cuivre est nettement plus fiable, et à défaut une double dose de lévonorgestrel est parfois proposée.
Certains traitements inducteurs enzymatiques : antiépileptiques, rifampicine, et le millepertuis, une plante en vente libre que beaucoup ne déclarent pas parce qu’ils ne la considèrent pas comme un médicament. Ils accélèrent l’élimination de l’hormone.
Et après ? La question de la contraception
C’est le point le plus négligé, alors qu’il détermine le risque des jours suivants.
La pilule du lendemain ne protège pas les rapports ultérieurs du même cycle. Un préservatif est nécessaire jusqu’aux règles suivantes.
Si une contraception régulière est en cours et qu’un oubli est à l’origine du recours, la reprise suit une règle précise. Avec le lévonorgestrel, la pilule habituelle se reprend immédiatement. Avec l’ulipristal, il faut attendre cinq jours avant de reprendre la contraception hormonale, faute de quoi les deux molécules se contrarient et l’ulipristal perd son effet.
Cette nuance est source d’échecs. Elle mérite d’être demandée explicitement au pharmacien.
Y a-t-il un risque à en prendre plusieurs fois ?
Il n’existe aucune limite réglementaire ni de danger connu à des prises répétées. La molécule ne rend pas stérile et n’abîme pas les ovaires.
En revanche, la répétition signale simplement que la contraception en place ne convient pas. C’est le vrai sujet, et il se règle en consultation, en choisissant une méthode adaptée au mode de vie plutôt qu’en gérant les urgences les unes après les autres.
Questions fréquentes
Est-ce une pilule abortive ?
Non. Elle n’a aucun effet sur une grossesse déjà implantée et ne la met pas en danger. C’est une molécule différente de celle de l’interruption médicamenteuse.
Peut-on la prendre pendant l’allaitement ?
Le lévonorgestrel est compatible. Avec l’ulipristal, il est conseillé de suspendre l’allaitement une semaine.
Faut-il une ordonnance pour une mineure ?
Non, et la délivrance est anonyme et gratuite. Elle est également disponible auprès des infirmières scolaires et des centres de santé sexuelle.
Diminue-t-elle la fertilité future ?
Non. Le retour à la fertilité est immédiat dès le cycle suivant, ce qui explique justement la nécessité d’une contraception dans l’intervalle.
Le repère qui compte : prise le plus tôt possible, elle réduit le risque sans l’annuler, et elle ne protège rien de ce qui suit.
Pour aller plus loin
Ressources officielles sur ce sujet.
- Assurance Maladie (ameli.fr) — « Contraception d’urgence »
- Haute Autorité de santé — has-sante.fr
- Santé publique France — questionsexualite.fr